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27. févr. 2012

Detroit Revealed au Detroit Institute of Arts / Détroit enfin dévoilé ?

par Emily

Ce billet est signé Emily Biegas.

En franchissant le seuil de l’exposition Detroit Revealed au Detroit Institute of Arts vendredi dernier, j’ai été interpellée par le portrait de Sweater le mouton, immortalisé par la photographe néerlandaise Corine Vermeulen. Avec son regard oscillant entre le comique et le dissonant, Sweater ne laisse pas indifférent. Mais qu’est-ce qu’un mouton peut bien avoir affaire avec Détroit et encore plus avec une exposition urbaine ? C’est simple. Sweater est un Detroiter. C’est même un résident permanent de la Catherine Ferguson Academy, où des mamans ados passent le bac leur bébé sur les genoux. Ces jeunes au ventre rond élèvent poulets et chèvres, s’occupent du potager, de ruches et même d’un cheval. Un quotidien fidèlement dépeint par Grown in Detroit, un documentaire réalisé par deux collègues néerlandaises. Je me réjouissais donc à l’idée de voir enfin mises en avant les initiatives porteuses de changement à Détroit.  Mes attentes se sont retrouvées légèrement brouillées à la vue des photos de Scott Hocking, originaire de Détroit. Sur le plan artistique, ses images post-apocalyptiques de terrains abandonnés aux bons soins de Mère Nature, de l’usine Packard en pleine déliquescence, sont frappantes. Mais je me suis demandée si tout cela ne relevait finalement pas du ruin porn. Peut-être que ces photos ne sont pas à prendre au pied de la lettre ? Après tout, quelle exposition pourrait prétendre « révéler » Détroit en en dissimulant ses côtés moins sympas ? Hocking ne s’est pas contenté de prendre l’usine Packard abandonnée de l’intérieur, il a créé toute une série d’installations artistiques. Comme cette ziggurat, pyramide composée de 6 000 pièces ou le Jardin des dieux, sur le toit de la Packard, où de vieux téléviseurs en équilibre sur des piliers plus vieux encore renvoient « au caractère cyclique de la civilisation et de l’histoire ». Et si ces clichés n’étaient pas si sombres que cela ? Mes réflexions ont été interrompues par des murmures provenant d’un écran incrusté dans le mur. Four Stories (Quatre histoires), une installation vidéo de Dawoud Bay, dresse le portrait de quatre lycéens de Chadsey High School (une des écoles de Détroit les plus ethniquement diverses, démolie l’an dernier pour être remplacée par la toute nouvelle Pre-K-8 Munger school). La vidéo est déroutante, elle présente rarement les visages des personnages en entier, leur préférant des close-ups ultra rapprochés, comme par exemple celui de Yahmaney dont les lèvres indiquent « qu’il a fait le con », se livrant au vol pour se payer des cheeseburgers au Mac Do. Une jeune musulmane évoque la pression de parents pour porter le hijab et son usage habile du maquillage pour se sentir belle. Four Stories nous plonge au cœur de quatre vies en seulement 15 minutes. Un stratagème qui reste parcellaire, tout comme l’exposition elle-même. Si l’exposition semble la plus englobante possible, notamment par le choix des artistes (quatre photographes sont issus du Michigan, les quatre autres viennent d’horizons plus lointains), elle reste incomplète. Mais est-ce que l’histoire de Détroit n’est pas elle aussi incomplète, sans cesse en évolution ? Les photos exposées sont puissantes autant socialement qu’esthétiquement. Et le fait qu’elles aient pour toit une institution de renommée mondiale comme le DIA prouve bien que Détroit est bien plus qu’un amas d’espaces vacants, couverts de ronce. Carlos Diaz (photographe de Détroit qui enseigne au College for Creative Studies) est parvenu à capturer la douceur de Mexicantown, un quartier dont on ne parle habituellement pour ses tacos et sa criminalité. Les instantanés de River Rouge – signés Michelle Andonian – symboliques d’une transition industrielle, sont au moins aussi provocants. Le New-yorkais Ari Marcopoulous a bien du mal à faire le poids avec son « exploration » de l’underground musical de Détroit, plutôt décevante… La salle attenante présente des images noir et blanc de la ville : des Supremes lorsque Motown était à son apogée, le quartier de Black Bottom (désormais « enseveli ») ou encore des mannequins psychédéliques posant pour l’autoshow dans les années 60. Si l’exposition m’a un peu laissée sur ma faim, j’ai envie de dire que c’est un peu l’objectif ! Une salle remplie de photos ne peut pas raconter Détroit en intégralité. L’initiative nous invite au contraire à explorer la ville par nous-mêmes, l’appareil en main et à prolonger notre expérience de Détroit, pas seulement dans la manière que nous avons de vivre la ville mais aussi dans le discours que nous créons sur elle. Detroit Revealed, c’est jusqu’au 29 avril au Detroit Institute of Arts. L’exposition a retenu l’attention des médias locaux, comme the Detroit Free Press ou la radio WDET.

Comments
  • Rita Moore

    My family and I are looking forward to visting DIA

    • http://www.detroitjetaime.com Hélène

      Dear Rita, you certainly should! If you become a fan of « Detroit Institute of Arts » on Facebook you can get free entry throughout the month of March;) And if you simply like our blog, feel free to sign up to our monthly newsletter in English: http://eepurl.com/h9Fq6. Looking forward to reading more of your comments here! The Frenchies.