Do It Yourself
3. oct. 2011

Mange ta soupe, et entreprends !

par Hélène

Les Américains ont le fundraising dans le sang ; ça tombe bien, les Détroiters ont besoin de financer leurs projets. Depuis 2010, « les soupes » (soups dans la langue de l’autochtone) se sont multipliées comme des lapins à Détroit.
La recette est simple : rassembler une foule autour d’une soupe préparée par une poignée de bonnes volontés. Chacun paie 5 dollars (4 €) pour un bol de bouillon ou de potage, la somme ainsi récoltée (jusqu’à 700 $) est directement reversée au meilleur projet présenté ce soir-là. En moins de 5 min, les porteurs de projets présélectionnés « pitchent » leur idée pour remporter l’adhésion de l’auditoire.

A mi-chemin entre speed-dating pour jeunes entrepreneurs et banquet caritatif, les soupes à Détroit cachent de hauts lieux de socialisation. On y échange à toutes les tables. On y refait le monde, et surtout, on y refait Détroit. On formule ses questions aussi, destinées aux intervenants de la soirée : où en êtes-vous dans votre business plan ? Où puiserez-vous l’argent manquant ? Dimanche dernier, c’était le tour de « Détroit soup« ,  située à l’étage de Mexicantown bakery, une pâtisserie du sud-ouest de Motor city. La « botte » de Détroit, à forte dominance mexicaine, est l’unique quartier ethnique que compte la ville : les pubs s’affichent en VO et les hauts parleurs des Jeep du coin crachent du reggaeton à fond la caisse. La soupe du jour, estampillée Detroit design festival, attire près de 150 personnes. Au menu des projets, deux arrivent quasi ex aequo : la construction d’un terrain de frisbee à Belle Isle (large île à mi-chemin entre Détroit et le Canada) et l’équipement d’un cabinet d’ophtalmologie offrant des soins gratuits aux femmes et enfants sans logis à Highland Park. Après les joutes oratoires des uns et des autres, la queue qui se forme devant les soupières est aussi longue que celle des isoloirs customisés Detroit SOUP. Mon voisin s’indigne à l’idée de devoir en passer par des « soupes » pour remédier aux injustices du système de santé « made in the US ». Quelques décomptes de bulletins plus tard, c’est tout de même « la clinique des pauvres » qui l’emporte. Sauf que… à la soupe, il n’y a que des gagnants ! Si les fans de frisbee sont repartis sans le sou ce soir-là, ils n’en ont pas moins fait passer le mot et reçu promesses de soutien. A ma gauche, d’anciens bénéficiaires qui avaient remis en état une aire de jeux pour enfants à Highland park rendent des comptes à l’assemblée, dont l’âge moyen ne doit guère dépasser les 30 ans. Trois semaines plus tôt, une soupe similaire avait eu lieu à Spaulding court, dans le nord de Corktown. Et c’est Angie, légendaire « mamma » du quartier, qui avait bénéficié du dispositif afin de rénover sa maison, mise en location pour cause de difficultés financières (le projet est encore en cours de financement). Les soupes font grandir. Ceux qui en doutent encore n’ont qu’à venir faire un tour à Détroit ! Il y a bien d’autres photos de l’événement à découvrir sur Flick’r, c’est par ici que ça se passe.

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